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  1. SE DEPECHER DE NAITRE ET DEVENIR HUMAIN
  2. FAIRE L'ANE POUR AVOIR LE SON
  3. COMME UN CHIEN PAS SAVANT
  4. DE L'AUTRE CÔTE DE LA VITRE
  5. EXISTENCE-RESISTANCE
  6. REPLIQUE DU SIECLE
  7. PARFUMS BON MARCHE
  8. THEATRE ET CINEMA
  9. LA PRATIQUE DE LA MUSIQUE
  10. LUMIERISTE mon ami
  11. SONORISTE mon fils
  12. INTELLIGENCES MANUELLES
  13. LA REDUCTION DE L ‘ESPACE VITAL ET LE THEATRE-RESURRECTION
  14. UNE NOUVELLE ETONNANTE
  15. JE NE SUIS PAS METTEUR EN SCENE
  16. MACBETH FAIT COMME UN RAT
  17. INDIEN PROVOCATEUR
  18. LECTURE TRES RAPIDE
  19. LE MICRO COMME PROTECTION
  20. PAS DE SPECTATEURS AUX REPETITIONS
  21. FAUT-IL TUER L'AIGLE

 

SE DEPECHER DE NAITRE ET DEVENIR HUMAIN

 

  Mowgli élevé par les loups, Tarzan élevé par les singes, ces petits d'hommes deviennent - par la plume de leurs auteurs - des rois de la création. Mais peut-on dire que ce sont de belles histoires ? Ces enfants-là dans la réalité, élevés vraiment par des animaux, resteraient des enfants sauvages à mi-chemin de l'homme et de la bête. Il y a eu, il y a encore des exemples. Un humain ne devient humain, et n'apprend à parler et à rire qu'au contact des autres, des êtres humains. Privé de ce contact social, trop de facultés en lui ne s'animent pas. Il perd ses possibilités de développement. Il reste inachevé, définitivement. Peut-être que privés des contacts, des rencontres, des échanges nécessaires mais inconnus, nous restons toutes et tous en partie, pour une partie de nous même, des enfants sauvages qui auraient bien besoin d'activités d'éveil physiques, intellectuelles, artistiques pour s'épanouir pleinement ? Difficile à admettre ! Et pourtant ! Au siècle dernier, les chevaux que l'on descendait dans la mine pour les faire travailler, à force de vivre dans l'obscurité, devenaient aveugles. Nous, en quoi sommes-nous encore aveugles, et à quoi ? Par quel manque et à quoi devenons-nous aveugles, de quelle cécité ? Quelles sont les lumières dont nous sommes privés ? Car nous avons parfois l'impression nous aussi, que nos sens et que nos perceptions, que nos intelligences et que nos sensibilités restent en sommeil et se débattent dans des ténèbres profondes. Nous aspirons à plus de connaissance, d'aisance, et d'émancipation. Nous rêvons même de plus de conscience et même d'accéder à une hyper-conscience… Si nous sommes en ces moments-là en déficit d'humanité et si nous n'y prenons pas garde, nous devenons des proies faciles pour les sectes et pour tous les marchands d'illusions et de drogues. Comment et avec qui, par quels moyens et par quelles activités, pouvons-nous mieux nous humaniser clairement et ainsi nous émanciper les uns les autres ? 17.01.97

 

FAIRE L'ANE POUR AVOIR LE SON

 

On sait que, comme la musique dans les films, le son monte à la télé avec les pubs. Le ton monte. C'est la voix de Big Brother qui se hausse pour mieux s'introduire dans toutes les têtes. Pour faire acheter toujours plus. Le son fait des ravages. Pas seulement dans les oreilles des utilisateurs de baladeurs mais aussi et surtout dans le mental de tout le monde. Et cela jusqu'au fond des jungles ! Le son a des effets insidieux. Il a beaucoup de part à l'aplatissement des idées, à la standardisation de la vie, au lavage permanent des cerveaux, à l'ennui… et cela de bien des manières. Il jouit d'un tel prestige qu'ils veulent tous avoir une sono même quand elle n'est pas nécessaire. J'ai vu un soir dans un petit théâtre un amateur prendre tant de plaisir à chanter micro à la main que j'ai compris qu'il se sentait vraiment branché avec les grands. Agrandi ! Grâce à … l'amplification ! De même que cet homme politique m'expliquant qu'avoir le micro en main est un grand réconfort pour l'orateur qui se raccroche à quelque chose ! Une prothèse ! Moi j'aurais cru que c'était plutôt la présence de l'auditoire et la nécessité du discours à faire qui procuraient le réconfort et qui donnaient les forces. Mais non ! Au fond la réunion et les idées tout cela lui importe peu, pourvu qu'il soit branché lui aussi avec les grands. Ils se tiennent au cordon ombilical de Big Brother. Ils se sentent comme tous les professionnels du son, ces maîtres des curseurs, des potards, tous -appendices et serviteurs zélés du Grand Frère - branché sur la puissance ! Ceux-là, les pros à casquettes longue visière et à rangers, à peine ont-ils fait les réglages (pour n'importe qui) qu'ils balancent plein pot dans les enceintes les mélopées du grand patron : leur confiture. J'ai vu un jour des danseuses laotiennes, des musicos turcs, des railleurs algériens, des poètes divers…. Faire toutes et tous leur prestation dans le dispositif des rockers qui passaient les derniers parce qu'ils étaient considérés comme les premiers ! Et tout cela dans une fête multi ou pluri culturelle ! Big Brother veille partout. Branchez-vous ! Il n'attend plus que vous ! Faites l'âne pour avoir du son !

 

 

COMME UN CHIEN PAS SAVANT

 

Des gens vivants, en chair et en os, qui jouent réellement, qui représentent une action fictive du passé ou du présent, devant d'autres gens bien vivants, cela peut être le théâtre. Les bâtiments n'ont guère d'importance. Leur forme change avec les siècles, mais assez peu le principe même du théâtre : quelqu'un est là, quelqu'un arrive et joue. Les bâtiments, ils peuvent être utiles pour se mettre à l'abri, pour le travail quotidien et même pour les représentations, surtout si l'entrée est payante. Mais en fait, là où on joue c'est là qu'est le théâtre. Bien d'autres peuvent dire cela ! Surtout celles et ceux qui essaient de jouer, qui font tout ce qu'ils peuvent pour arriver à montrer quelque chose. Montrer bien sûr, pas démontrer. J'avais un chien étonnant. Il m'a souvent inspiré. Ainsi il m'a servi de modèle pour le chien des Eureupéens. Mais surtout pour le chien de Robespierre qui discutait avec son maître. Donc ce chien là qui parlait sans cesse, a toujours essayé de parler comme un homme. Je ne saurai dire si, du point de vue canin, il avait tort ou raison. Mais moi à le voir faire je me suis dit : c'est cela que doit faire l'acteur ! Essayer de parler ! En général on sait déjà parler, on sait trop bien. Et à si bien savoir on finit par ne plus rien dire. On est devenu chien savant. Dommage !

 

 

DE L'AUTRE CÔTE DE LA VITRE

 

Dedans il y a un type pétrifié qui ressasse : Perdu ne sachant où aller, car je suis au cœur des ténèbres, des vagues panneaux apparaissent, des visages sourient, des personnages passent. Je les vois mais aucun ne parle, ni du geste ni de la voix. Ils apparaissent, disparaissent et puis réapparaissent plus loin comme s'ils se proposaient comme guides je ne sais pas. Des parents, des amis, des connaissances, des penseurs, des hommes d'actions …Mais qui suivre ? Vers qui aller, je ne sais plus du tout. Je n'ai plus de repère. Pas un seul signe clair. L'obscurité gagne sur tout. Bientôt on ne verra plus rien… Dehors y a un type gelé par le froid, aux portes de la barbarie, tribut payé mais à quels minotaures ? Homme faible croit-on mais c'est un homme fort, un homme qui se tient en dehors de l'espèce, dissident absolu qui a coupé les ponts. Toujours dans l'obscurité on devient aveugle. Toujours dans l'exclusion, on devient quoi ? Totalement démuni, n'a plus qu'une image intérieure de lui-même et se charge de la sauver. Sans logis dans les rues, il ne dit pas : Ote-toi de mon soleil ! Il dit : Je ne veux pas de ton soleil ! Suicidé de la société, ça fait honte mais c'est trop tard. Quand il refuse, c'est trop tard, nous ne pouvons plus rien pour lui. Et pour nous ? L'homme pétrifié dedans sait-il qu'il s'interroge encore grâce à l'homme pétrifié dehors qui veille aux frontières du froid ?

 

 

 

EXISTENCE-RESISTANCE

J'emprunte cette expression à " Ne pas plier " Tout à vendre ! On liquide tout ! Les privatisations battent leur plein. Aujourd'hui les entreprises publiques. Demain les monuments les musées les châteaux. Ainsi Versailles de prestige et ses millions de visiteurs, coûte trop cher. Que dire alors de tout le reste ? Et de nous par exemple dans cette débandade, nous qu'il faut bien nourrir un peu jour après jour alors qu'une cassette vidéo ne demande qu'un peu de jus… On sert à quoi ? Les intégristes de la rentabilité, plus efficaces que ceux des religions et des totalitarismes, sont à l'œuvre. Ils renouent avec la logique la plus obscure de l'histoire de l'occident, la sélection à mort. Ils retrouvent le grand souffle des années trente. Ils font leurs divers choix dans les populations. Ils prennent ce qui peut leur rapporter le plus. Les autres, ceux et celles qui restent, considérés comme inutiles, considérés comme déchets, au lieu de les brûler dans des grands fours, ce qui serait plus propre, ils les jettent aux ordures. Comme ça à même la rue. Et ils attendent que froid les achève. Ou simplement ils les renvoient chez eux, par milliers et milliers, stagner pourrir très lentement, désespérer surtout, ce qui est plus grave. Sans réfléchir aux conséquences. Tous ces malheurs, et toute cette misère accumulée dans tous les coins, rendent cette société profondément malade. Malade comme un être qui néglige son corps et son esprit, qui vit dans son ordure, qui ne se lave plus, qui ne se soigne plus et qui peu à peu se dégrade et se couvre d'escarres, de plaies et de nécroses. Chaque rejeté, chaque abandonné, dans la rue ou dans sa maison, et par contagion chacun et chacune de nous est comme eux une petite partie visible de ce grand corps malade, et qui ne le sait pas. Les cancers les sidas les folies meurtrières et maintenant les encéphalites spongieuses devraient le mettre en garde. La terre même a des sursauts terribles et des vomissements ! Mais non il ne comprend pas les messages ce grand corps, et sur son dos les intégristes de la rentabilité continuent leurs méfaits. Font procréer les morts. Nourrissent les herbivores de viande. Inventent le protège-slip. Arrachent les yeux aux innocents pour les vendre à des vieux coupables. Suppriment l'eau de source aux fontaines gratuites. Nous sommes tous atteints. Nous dégradons nos environnements. Nous polluons la terre, l'air et l'eau de nos déchets non biodégradables. Nous enlaidissons le monde. Grandes barges sur l'océan, énormes tas aux quatre coins, saloperies un peu partout, satellites dans le cosmos, nos ordures sillonnent les mondes. Il n'y a plus aucune barrières à l'infamie. Et avec ça en plus, il n'y a pas de responsable en titre. L'anonymat prévaut. Ca ne dépend plus de personne, semble-t-il ! Ca peut continuer longtemps. Des civilisations ont prospéré sur des esclavages semblables. Et nous sommes tombés, à notre surprise, de l'eschatologie à la scatologie. C'est la cacophonie. Les amuseurs et producteurs de rire et de dérision s'en donnent à cœur-joie d'anéantir la dignité humaine, heure après heure, systématiquement. Ceux qui ne rient pas avec eux, déjà effrayés par le silence éternel des espaces, se plongent dans les obscurités pour devenir aveugles et sourds, ou dans les documentaires animaliers pour essayer de retrouver en eux un peu de l'animal, et ainsi quelque secret ou truc de la loi du plus fort qui pourrait les aider, en leur donnant des crocs. Nous dont le sens civique nous interdit de disparaître trop vite car nous ne voulons pas, en nous ratatinant aussi dans notre coin, contribuer à l'empuantissement général et porter tort à la santé de nos congénères, nous pouvons tenter de survivre, adhérer à la cause rentabiliste et nous mettre à son service, en collaborant au divertissement, et à la justification de la loi des profits, en faisant accepter le sacrifice aux faibles et aux non-rentables, en dénonçant les résistants et les suspects, etc… et ce faisant contribuer encore plus à la dégradation générale, et à cet empuantissement que nous ne voulons pas. Que faire alors ? Si nous ne voulons ni disparaître ni participer au massacre, nous devons en premier lieu nous persuader qu'il n'y aura jamais des lendemains qui chantent et jamais de victoire, et en second nous interroger sérieusement sur le rôle que nous jouons ici et maintenant dans cette société ! Et en débattre ! Et nous préparer à nous battre ! Tous ensemble, tous ensemble, ouais ! Ou à quelques-uns uns seulement ? Mais lesquels ? Se battre ! Au nom de qui au nom de quoi ? Et contre qui et contre quoi ? Exactement ! Ca ne sera pas très facile ! Mais il le faut ! Je n'ai jamais trop su à quoi pouvait bien servir le théâtre. Maintenant je la sais : à repousser sans cesse cet enlaidissement absolu….

 

 

REPLIQUE DU SIECLE

 

Je lui demande : - je joue où ? Il me dit :

    • Là ! En me montrant le sol. Alors moi :
    • Là ?
    • Oui ! Là !
    • Mais je ne peux pas jouer ce spectacle au sol devant des spectateurs tous assis sur des chaises.
    • Pourquoi donc ?
    • Au troisième rang ils ne verront plus rien !
    • C’est ce qu’on a prévu pour aujourd’hui !

Il faut vous dire que nous sommes au Salon des Auteurs de Théâtre de. Il n’est pas prévu de scène. Il semble acquis qu’un auteur de théâtre doive s’asseoir à une table là où on lui dit et lire sa pièce et se taire ! Mais cependant j’insiste :

    • En général vous le savez : soit l’acteur est sur une estrade soit le spectateur est sur un gradin, et…
    • Ne me faites pas de leçon ! s’étrangle-t-il. Et puis un théâtre on en a un. Venez donc voir un peu.

Il m’a montré son vrai théâtre et pour conclure l’entretien m’a fait cette réplique d’anthologie :

    • Si vous vouliez une scène il fallait le préciser sur la fiche technique !

C’est un directeur de théâtre. Il dispose d’un beau théâtre tout neuf. Et quand on vient jouer un spectacle chez lui, il faut lui préciser qu’on aura besoin d’une scène ! Génial non ?

Avril 95

 

 

PARFUMS BON MARCHE

 

Chez vous dit-il vous le savez on dit qu’il y a toujours un beau texte mais rarement de beaux décors. C’est vrai chez nous il n’y a pas de ces décors très chers qui imposent leur présence vulgaire comme des parfums bon marché. On ne fait pas de dépenses excessives.

Il ne nous viendrait même pas à l’idée de faire même au dixième un vrai cuirassé Potemkine ou autre boite de camembert ou quoi que se soit qui se prétende vrai et naturaliste et qui soit en quelque sorte du réalisme libéral.

Par contre il y a du décor. Du décor comme idée du décor comme outil du beau décor bien intégré sans prétentions. Et sans remonter à plus de deux ans, souvenez-vous du ballot du squat, du ballon d’Aguirre et de son costume évolutif, de l’arbre à tuyaux transparent de Grand-Vert.

Et puis de tout ce que vous pourrez voir ou revoir cet été : le minuscule pays des neiges de Louise, la valise de l’Eureupéen, et la grande table conviviale pour Eléments de Politesse Gourmande.

L’esthétique est la pointe avancée d’une éthique et pour faire des décors à la mesure de nos grandes faims et pas de nos misérables appétits de parvenus ce qui importe est l’idée simple qui puisse ouvrir des portes à l’imagination.

 

Avril 95

 

THEATRE ET CINEMA

 

Je n’ai pas d’expérience professionnelle réelle du cinéma, ni devant, ni derrière la caméra. Je n’en éprouve aucun manque. Mais j’ai plutôt tendance à parler du théâtre, de l’intérieur et du cinéma, de l’extérieur.Je sais qu’il existe une tendance déjà ancienne qui tend à transformer le théâtre en cinéma de la part de l’administration dans sa minière de plus en plus froide de recevoir le public, de la part du metteur en scène dans sa propension à la dépense grandiose et inutile mais surtout dans son désir de remplir le cadre de scène comme il remplirait l’écran.Bien que souveraine sur quelques grandes scènes, cette tendance reste très minoritaire et on peut encore distinguer nettement le théâtre du cinéma.Je vois d’un coté des représentations toutes uniques et données en nombre forcément limité d’un spectacle d’êtres vivants devant un public d’êtres vivants dont les réactions influent sur le spectacle en cours.De l’autre, je vois des images définitives projetées au cours de séances qui peuvent se répéter quasi indéfiniment sans que les réactions d ‘un public vivant puisent rien y changer.D’un coté je vois un acteur qui fait l’image et qui l’agrandit ou qui la réduit à sa convenance sous les yeux du public et qui, son personnage meurt, ressuscite toujours à la fin pour le salut.De l’autre je vois un metteur en scène qui peut faire à partir de ce qui se joue toutes les images qu’il veut sans que les acteurs n’interfèrent. Des acteurs qui, une fois morts, ne se relèvent jamais pour saluer !Au théâtre il est d’usage de tenir le spectateur au courant de ce qui se passe, un spectateur qui en sait d’ailleurs toujours plus que les personnages. On ne peut pas imaginer des spectateurs allant au théâtre pour découvrir le sort des Œdipe, Antigone, Hamlet , Rodrigue, Lorenzaccio, Cyrano, Vladimir et Estragon…Au cinéma par contre le spectateur ne veut pas connaître la fin avant d’entrer. On va le tenir en suspens le plus longtemps possible. On y tient le sens en haleine. C’est une forme d’érotisme, et même de terrorisme… La rétention du sens, comme celle dans laquelle pour s’évader dans le lyrisme les acteurs au théâtre ont tendance à se laisser aller, fait des ravages : Celui qui règne dans les cieux…De ce point de vue le cinéma reste au sol dans ses sabots, quoi que, la normalisation de l’accent…Bref !S’il s’agit de faire du cinéma avec du théâtre, j’imagine que c’est dans un souci d’efficacité, de rentabilité peut-être, de vulgarisation ?Voici la question que je me pose et que beaucoup de gens se posent sur le projet pédagogique : le petit nombre du théâtre peut-il devenir le grand nombre du cinéma sans qu’il y ait un changement qualitatif, sans qu’il y ait la perte de l’essentiel, à savoir l’acte théâtral ?J’en ai une autre de question, subsidiaire : dans quelle mesure le cinéma par son action sur l’imaginaire des peuples, peut-il avoir contribué à préparer les citoyens à accepter l’immense dérive des politiques ? 14.03.97.

LA PRATIQUE DE LA MUSIQUE

 

Nous avons pratiqué la musique dans nos spectacles de bien des manières. Du clavecin trafiqué aux pierres frottées, du tambour malgache à la boite à rythmes, de la fanfare aux petits instruments, de l’enregistrement au direct. Surtout du direct et depuis très longtemps, et de moins en moins avec la sono.

Ne pas chercher avec des sons à faire joli ou à plaire selon des normes et des modes.

Plutôt un petit son en direct qu’un superbe effet enregistré qui demande un appareillage lourd et un spécialiste, et qui introduit forcément un autre univers dans l’univers en place. Aussi délicate à pratiquer la diffusion de musique enregistrée que la projection de diapositives.

Nous avons abandonné très vite le principe de la bande magnétique constituée d’un collage de tous les enregistrements nécessaires chacun avec son amorce et son temps précis de passage. Et le clac des débuts et des fins !

Nous avons préféré utiliser un quatre pistes synchrones sur lesquelles nous enregistrions quatre sons ou musiques différentes que nous diffusions selon les besoins plusieurs fois au cours du spectacle. Le magnétophone tournant en permanence, il suffit de pousser les curseurs.

C’est un peu long parfois à l’enregistrement mais on arrive à faire des longues variations intéressantes. Pas de la grande musique peut-être mais suffisantes pour nos besoins.

Certes on peut considérer que quatre sons ça fait très peu, de même que douze circuits d’éclairage mais on peut faire beaucoup de travail, et de qualité, avec des moyens techniques réduits.

Quand je dis que nous manquons de moyens, je ne pense qu’aux personnes, jamais au matériel. S’il y a quelqu’un pour remplir la fonction, il n’y a pas de problème !

On a aussi beaucoup utilisé les cassettes sur le même principe : une musique par cassette, et toujours du rab.

Mais ceci dit, cette méfiance affichée, moi j’aime bien les techniques sophistiquées ; je me souviens qu’au Théâtre de la Tempête il y avait des projecteurs orientables avec des télécommandes (à fil malheureusement) et qu’en 78 pour la Madone des Ordures, mon frère et moi à tour de rôle nous nous éclairions l’un l’autre et à vue pour nos entrées spectaculaires sur des cothurnes, à la Cartoucherie.

Autre exemple en 93 dans Nous les Eureupéens, j’ai commencé à me faire les éclairages en direct, oh très simple, avec la télécommande infrarouge. Ca allait bien avec le héros !

Ah oui la technique bien pensée permet des quantités de choses. En 68 dans Zone Rouge, au lieu de crier, je brandissais un petit magnéto qui criait à ma place. Une seule fois par représentation bien sûr. Pour se marrer !

Nous avons souvent pratiqué la fanfare, pendant quelques années. Ou bien des ensembles de cuivres ou de cordes, selon les spectacles. Très rarement avec des vrais musiciens, les acteurs assurant cette fonction.

Quand il y a des vrais musiciens sur la scène pendant le spectacle, ils n’ont pas du tout la même fonction que les acteurs jouant des instruments. C’est d’un usage moins courant parce que ça pose des problèmes d’argent, de disponibilité, et surtout de dramaturgie, car il ne s’agit pas que les musiciens ne soient là que pour l’accompagnement, la décoration, l’ambiance.

Parfois un seul musicien en scène : Marc Perrone pour Grand-Vert en 90, ou Sébastien Benedetto aux percussions pour Rigoberta en 96. Et avec Bernard Lubat surtout mais plutôt pour la poésie et autres textes…

Des accessoires comme chaînes, tubes, fouets, balises, etc… Peuvent servir aussi d’instruments de musique. Tout le monde en joue.

Nous utilisons beaucoup les petits instruments : pierre, claves et autres bois claqués, pipeaux, flûtes de toutes sortes, tambourins divers, à manche, basques, cloches, grelots, clochettes, moulins d’enfants, crécelles, harmonicas, raclette, râpes, cuillères, didjéridus ou substituts de tubes en carton, guimbardes, tuyaux sonores à faire tourner…

Cet apport musical minimal joue un grand rôle, comme rythme ou comme mélodie pour venir supporter, souligner, prolonger, perturber parfois, agrémenter … la musique des mots.

Mais cet apport doit-être absolument nécessaire. Lorsque l’adolescente de Fleur du Béton se sert d’un rythme enregistré sur un baladeur pour faire ses raps, on n’imagine guère autre chose, sinon un chœur de jeunes gens avec elle. Ce que nous avons réalisé une fois avec un stage de quatre jours. Le chœur est notre avenir.

Depuis peu j’ai découvert le chant qui sort du rythme que fait l’acteur avec ses mains avec ses pieds avec son corps, avec à peine une esquisse de mélodie. Alors on sent vraiment chanter le personnage, du plus profond. Mais il faut pour ce faire, que les actrices et les acteurs se lâchent de toutes leurs mains. Il le faut. Malgré la peur, avec la peur.

Avec Rigoberta, je me suis lâché, en me fondant sur le rythme donné par le percussionniste, je me suis lancé dans l’improvisation dansée et chantée. Ca fait un effet dans l’espace imaginaire équivalent à celui que produit l’improvisation verbale sur le corps. Il faudrait reprendre cela, et d’autres choses, mais quand ?

 

 

LUMIERISTE mon ami

Cette page que je t’adresse est dédicacée aussi aux quelques éclairagistes qui se sont vraiment mis à notre service quand nous sommes arrivés chez eux et qui nous ont vraiment aidés dans notre misère au cours de toutes ces années. Car les plus compétents sont les plus serviables.

Et d’abord un bon lumiériste sait que les gens qui arrivent chez lui ne viennent pas pour l’embêter et lui causer du tort, mais pour y faire simplement leur travail pour lequel ils ont besoin de lui.

Ainsi toi pour suivre leur exemple, ne cherche pas d’abord à imposer ton autorité, ni à prouver ton originalité.

Oublie tout ce que tu crois être certain. N’étale pas des trucs des manies que tu considères peut-être à tort comme des connaissances et des certitudes, parce que tu es chez toi.

Ne considère pas le jeu d’orgues comme ton animal personnel de compagnie, mais comme un outil de travail. A une époque en certains lieux on ne pouvait pas y poser un doigt. Mais je crois que ça change un peu. Heureusement ;

Ecoute de qu’on te dit du spectacle et ce qu’on désire obtenir. Demande des précisions sur ces résultats qu’on attend et met ensuite tout ton savoir toute ta science toute ton intelligence toute ta sensibilité toute ton imagination pour trouver les solutions les plus simples et les plus élégantes.

C’est en te pliant aux exigences du spectacle, en essayant de réaliser au plus près ce qu’on te demande que tu feras œuvre de créateur, non en imposant "tes idées ". Car sans que tu t ‘en doutes, tes idées risquent de n’être souvent que les clichés à la mode du jour, qui nous font tellement de mal.

Je connais bien des lumières, des manières d’éclairer, qui nous maintiennent dans une obscurité pesante.

Plutôt n’utiliser qu’un seul projecteur si tu n’as que très peu de moyens, que d’essayer de singer les lumières en vogue, suspectes justement parce qu’elles sont en vogue. La médiocrité dominante.

Essaie de lire les lumières d’un spectacle comme si c’étaient des écritures et tu comprendras qu’elles en disent beaucoup plus que ce qu’on peut penser d’abord. Il y en a même qui disent le contraire exact de ce que disent le texte et la mise en scène.

Cependant si ce qu’elles disent te convient parfaitement, va dans leur sens. Sinon, fais autre chose. De toute façon : pense un peu.

Si des lumières sauvent un spectacle, c’est qu’il n’y avait pas grand chose à sauver.

Pendant le spectacle prends de bonnes habitudes : ne discute pas, ne fume pas, ne bois pas de bière, ne t’éclipse pas à la moindre occasion. Sois là complètement. Ou alors disparais.

Si tu ne te juges pas absolument nécessaire, qui le fera ?

Sauf pour un moment très court, choisis d’éclairer l’acteur plutôt que le mur. Même si cet effet te paraît porteur de beaucoup de sens, et de développements infinis, sache qu’il peut aussi provoquer des maux de tête. On veut voir et entendre, simplement !

Tu as un grand rôle à jouer : donner à voir, créer des ambiances, des univers, signaler des lieux, des personnes, des époques, des temps, dévoiler, trouer soudain la nuit, la faire tomber de mille manières, faire danser les lumières, etc… Ne gâche pas ce grand rôle.

En matière de son, il n’y a guère mieux que la voix sans apprêt, toute nue toute seule. En matières de lumières, vive la lumière du jour, du sud bien sûr, à midi en hiver, en peu plus tard en été, pour éclairer nos jeux.

Un soir j’en ai entendu un faire une conférence sur les éclairages sans parler du soleil. Etonnant n’est ce pas ?

14.04.96

 

 

SONORISTE mon fils

 

Je veux te donner quelques conseils utiles afin que tu fasses bien ton métier, à la satisfaction générale. Je mets tout ça à la suite car il est difficile d’établir une hiérarchie.

Je commencerais cependant par une opinion inadmissible par tes futurs confrères. La voici : ce n’est pas le matériel qui fait la qualité, qui fait la différence, quoi qu’on en dise, c’est l’homme. Il faut l’admettre.

Rentre dans cette corporation par la compétence, et non part l’apparence. N’endosse pas un uniforme de commando. Il n‘y a pas de démonstration de force à faire. Il n’y a rien à conquérir, rien à imposer. Il n’y a qu’à faire ouïr, qu’à faire aimer.

Abstiens-toi de bière, de tabac blond…et brun, et toute autre dope. Aucun de ces produits ne contribue au génie. L’eau par contre favorise grandement l’inspiration. Tu peux en consommer des quantités.

Méfie-toi des modes sur les marques, sur les types de matériels, sur les prises, broches, fiches, câbles et autres connections, sur les gadgets, sur les effets spéciaux. Les modes passent mais les problèmes restent. Et j’en ai vu de très bien résolus avec des matériels démodés par des bonhommes hors d’âge.

Méfie-toi du clinquant, du tape à l’œil, du superflu. Ne frime pas. N’essaie pas d’épater la galerie. Fais ton travail avec tes oreilles, ta sensibilité, ta raison, ton intelligence et surtout le respect des autres.

Ne cherche pas à avoir raison tout de suite.

Le silence pendant le travail est meilleur pour la préparation du son que ses sempiternelles musiques d’autoroute qui envahissent les espaces comme si certains avaient peur de s’entendre penser. Car malgré tout ils pensent.

Au fait, y-a-t-il besoin d’une telle puissance sonore pour ce travail ? Tu crois ? un peu de marge en plus, oui mais…

Selon comment tu disposes les haut-parleurs, le résultat varie. Selon comment tu emploies les micros aussi.

Ainsi selon ce que devra faire l’acteur (car j’espère que tu sortiras un peu de ces circuits horriblement académiques du classique, du jazz, du rock, du rap… pour agir dans d’autres secteurs), selon donc ce qu’il devra faire, il parlera dans un micro posé devant lui sir un pied, ou qu’il tiendra à la main avec ou sans fil, ou qu’il portera en HF sur la poitrine, ou encore qui sera suspendu au-dessus de lui, etc…

Car en plus de la qualité du son à obtenir, il faut savoir quelle est l’image ainsi donnée qui correspond le mieux à ce qui doit être diffusé.

La sonorisation ne réduit jamais l’amplification. Il faut sortir du matraquage pour entrer dans le subtil. Et dans la dialectique.

Et s’il se trouve qu’il n’y ait pas besoin de micro, dis-le Voilà le point le plus délicat. Les micros isolent leur utilisateur. La liaison sociale change beaucoup. Prequ’automatiquement l’utilisateur se trouve branché, au moins dans sa tête, sur le grand réseau mondial de Big Brother. Il plonge dans les gargouillis du gros ventre comme dans une grotte profonde et s’y croit à l’abri le malheureux. Et ceux qui se servent d’un micro comme d’une prothèse, surtout les politique, ce qu’ils disent est-il fiable ?

Toi je t’en prie : n’abrutis pas le monde, écoute-le.

Et dis-toi bien que ce n’est pas parce que tu manipules le potentiomètre que tu as raison.

J’en ai tellement rencontré qui manipulaient ça comme des armes à feu. Et des tapis de bombes.

Je joins une feuille pour ton copain qui fait les lumières.

10.06.96

 

 

INTELLIGENCES MANUELLES

 

Beaucoup d’intellectuels ne mesurent malheureusement pas à quel point les manuels, ceux qu’on appelle des manuels, ont des intelligences très performantes, d’une finesse parfois beaucoup plus pointue que celles de beaucoup d’intellectuels qui se prennent bien trop souvent pour des génies. Les électriciens, plombiers, menuisiers, maçons, mécaniciens, charpentiers, forgerons, chaudronniers, etc… quand ils font des créations ou plus souvent quand ils font des réparations sont confrontés à des situations toujours différentes les unes des autres. Car aucune réparation ne ressemble à la précédente.

Et ils sont obligés de résoudre les problèmes qui se posent à partir du cas devant lequel ils se trouvent. Ils ne sont pas là pour imprimer leur marque sur la chose mais pour la réparer, la rendre à elle-même, sans la transformer. Ils n’ont rien d’un enseignant qui veut à tout prix inculquer des notions étrangères à un élève. Et combien d’autres : bureaucrates, ingénieurs, etc… et architectes mêmes n’ont aucune notion des lois de la matière sinon de façon théorique et livresque, et ne rêvent que de la plier à leur volonté. Sans la connaître dans ses profondeurs.

D’immenses sommes de connaissances sont transmises oralement ans aucun support matériel. Mais ça ne fait pas partie de l’écrit donc ça n’existe tout simplement pas !

Les manuels travaillent, conçoivent presque toujours en volumes, dans l’espace. Leur représentation du monde est trois dimensions et ce qu’ils produisent est en permanence mis à l’épreuve du réel. Les effets sont immédiats ! Pour le paysan par contre les effets sont à plus longue échéance… D’ailleurs le paysan qui travaille dans le temps travaille aussi beaucoup dans l’espace. Et le plus souvent seul…

Les manuels ont souvent beaucoup d’humour, plutôt quand ils travaillent en ateliers. Il faudrait étudier l’influence de la solitude sur la conception du monde des artisans… et des paysans…

P.S. Un acteur est aussi un travailleur manuel qui travaille en trois dimensions et même en quatre.

 

 

LA REDUCTION DE L ‘ESPACE VITAL ET LE THEATRE-RESURRECTION

 

Tant qu’il est jeune l’être humain est au monde, complètement, sans limite et sans tabou. Il respire la joie. Il joue dans tous les coins et se rit de n’importe quoi. Il va et sans retenue, il parle à n’importe qui dans la rue. Le monde entier est son espace.

Peu à peu on va lui apprendre à garder ses distances, à ne plus parler à personne, à se méfier. Ses jeux vont peu à peu se dérouler sur des terrains conformes toujours dans des lignes tracées et selon des règles très strictes. Ses déplacements vont se faire selon des horaires précis, dans des couloirs, entre des barrières, sur des chemins balisés immuables. Et sur des distances de plus en plus courtes, avec l’âge.

D’année en année, son espace va se rétrécir jusqu’à se réduire aux dimensions d’un cercueil. Car il est obligatoire à sa mort de l’enfermer dans un cercueil.

Et c’est alors une caisse de bois qu’on va jeter aux flammes, aux eaux ou à la terre. Et même après sa mort, si on l’a enterré, ses restes peuvent être réduits. On les mélangera à d’autres pour faire de la place dans le caveau de famille.

Le théâtre qui réincarne souvent les morts et qui les fait parler, est le seul art qui remette l’être humain dans l’espace total à n’importe quel âge de sa vie passée et lui redonne toutes les potentialités qu’il avait à sa naissance.

Ainsi, on voit bien que le théâtre, c’est vraiment la résurrection. Dommage qu’on ne ressuscite trop souvent que les mêmes, presque toujours les pires, les plus salauds, les plus beaux spécimens de la canaillerie humaine, les derniers des derniers ! Cela pour obéir à la promesse : les premiers seront les derniers et les derniers…

La question angoissante se pose alors de savoir si ces modèles au négatif, qu’on pourrait oublier tous en chœur si on voulait, mais dont on semble avoir un énorme besoin social, ne seraient pas depuis l’enfance les plus rebelles au rétrécissement prévu de l’espace vital ?

Dim 07.07.96

 

 

UNE NOUVELLE ETONNANTE

 

Ce n’est que le 11 octobre 1997 que nous avons appris de la bouche d’Astor qu’en 493 avant JC, les gouvernants d’Athènes avaient interdit la pièce Phrynicos sur la prise de Milet et décrété qu’à l’avenir aucun sujet d’actualité ne pourrait être traité par la tragédie.

Jusqu’aujourd’hui cette interdiction agit encore très efficacement, non plus pour des raisons politiques mais pour des raisons esthétiques, et de bienséance ! Etonnant !

Phrynicos sortit la tragédie du chœur et inventa le principe du masque et du costume dont se servait l’unique acteur. Eschyle inventa le deuxième acteur.

Plus tard les politiques interdirent même le chœur.

 

JE NE SUIS PAS METTEUR EN SCENE

 

On me classe souvent dans la catégorie "Metteurs en scène ". J’ai mis longtemps à comprendre que c’était dans une bonne et flatteuse intention. On veut ainsi me faire honneur, me semble t-il, me montrer qu’on estime que je vaux quelque chose. Car "Metteur en scène " ça pose quelqu’un, je suppose.

Ca renvoie au cinéma et donc au monde entier, aux stars, etc… Ca situe un individu au meilleur rang de la société, beaucoup mieux que peintre ou poète, parmi les nouveaux prêtres avec les scientifiques et les animateurs de télé. Mais moi fondamentalement je ne suis pas metteur en scène, je suis auteur-acteur, ou bien dramaturge-poète.

Certes je monte des pièces avec des collaborateurs, avec lesquels, du plateau même je coordonne plus ou moins la circulation des personnages dans l’espace. Allant parfois regarder ce que ça donne de la salle. Mais c’est surtout sur la scène que ça se cherche, que ça se règle. Il y a belle lurette que je ne me suis plus amusé à tracer des itinéraires sur des feuilles.

Acteur parmi d’autres actrices et acteurs, c’est surtout leur travail qui m’intéresse. Ils ne sont pas pour moi des pions qu’on déplace dans un espace mais des explorateurs de l’espace et du temps, des trafiquants de leur corps et de leur voix, les véritables créateurs de théâtre dans le moment ultime : la représentation. C’est l’acteur qui produit l’image, pas le metteur en scène, lui qui donne les dimensions de ce qui se passe, tous les prolongements.

Non-non ils ne sont pas en scène pour incarner mes idées ni pour réaliser mes images, mais pour jouer avec mes personnages. Et pour cela il faut d’abord qu’ils soient au centre d’eux-mêmes, et puis qu’ils ne s’évadent pas dans le joli lyrisme cucul qui nous accable sur toutes les scènes.

Ferme la phrase, ferme le sens pour ouvrir l’imaginaire ! Ne tiens pas le sens en suspens et les spectateurs en otage de tes intonations ! Si l’auteur écrit en vers, ne les transforme pas en prose. Que tes alexandrins conservent douze pieds. Tout doit faire image. Image après image, sans aucune démonstration d’aucune sorte. Et puis respire…

Sur le plateau on fait tout ça dans la pratique, dans la matière, en chair et en os dans le temps, comme ça vient. Et parfois c’est très long pour se faire comprendre. Et moi j’ai plus confiance en eux qu’ils n’ont confiance en eux-mêmes car on leur a inculqué qu’ils ne sont que des interprètes, les malheureux et ils le croient ! De même qu’on a inculqué aux techniciens qu’ils ne sont que des exécutants dociles. Et on voit le résultat de ce mépris dans plus d’un théâtre. Hélas !

23.01.98

 

MACBETH FAIT COMME UN RAT SANS UNE SEULE PAUSE JUSQU'A LA MORT

 

Macbeth ça file à toute blinde, et vitesse-folie . Ca s'arrête pas un instant pour respirer pour s'écouter pour prendre des temps lourds de signification. La signification c'est qu'ils ont mis le doigt dans l'engrenage et ça va de plus en plus vite précipi-tés au gouffre ils sont. Ca les dépasse. Il courent derrière leur destin. Lui Macbeth et elle qui pousse. Il apprend sa promotion on la confirme. Il galope à la maison le roi arrive il le tue. Il tue les gardes il devient roi. Il tue Banquo témoin gênant. Il ne peut pas faire autrement. Faut dégager la route éliminer les preuves. Il tue Lady Macduff et ses enfants et bien d'autres encore et encore plus on sait pas tout mais il ne peut régler le compte. A pas le temps de s'arrêter Macbeth et de se poser des questions il faut prendre des décisions et vite et encore plus vite toujours. Pas du tout la grandeur tragique avec la grosse voix impressionnante et le souffle de l'épopée, c'est du nervosisme de petite catégorie, du raisonnement d'alcoolo, de la spasmophilie infantile. Y a du grand c'est vrai du très grand texte dans Shakespeare. Du texte de clodo sur un coin de comptoir philosophant l'horreur de vivre un peu comme Khayyam de Nishapur. Ca cavale à toute pompe Juste le temps de respirer Pas le temps de l'intonation Ni du temps bien senti File vite sans rien forcer Vite à la fin sans savoir ce qui va arriver Il ne sait rien il va très vite vers la fin pour connaître le résultat des courses. D'un coup alors il voit la fin il est en plein dedans on lui coupe la tête et il n'a rien compris du pourquoi du comment cette injustice fondamentale dont il vient d'être la victime. Il pourrait dire: On m'a vraiment pris pour un con. Et Don Juan c'est pareil et Oedipe et tous les per-sonnages tragiques, ils sont pris aux oreilles et en deux temps trois mouvements sans une seule pause, cuits!

INDIEN PROVOCATEUR UN BRÛLOT A LA MAIN

Nous n'avons pas tellement à nous plaindre des critiques, sauf de ceux qui ne viennent pas nous voir, comme s'ils avaient fait des choix définitifs. Ceux qui viennent par contre font leur travail. Ils écrivent souvent des bonnes choses. Une bonne chose c'est une chose écrite qui ne trahit pas le spectacle, qui ne fait pas fuir le public sans raison, qui apporte des aperçus intéressants, des points de vue sur nos travaux, sans forcément tartiner des louanges. Certes il peut arriver qu'une bonne chose ait un mauvais effet. Par exemple je crains que le terme "poétique" tombe comme une condamnation. Quant au mot "dialectique", brrr! Je n'ai jamais polémiqué avec un journaliste, et je ne vais pas commencé aujourd'hui avec qui que ce soit. Cependant je dois dire que je suis surpris de la persistance de certains clichés dont je me sens victime. Le cliché n'exprime pas une opinion personnelle. Il reprend une idée reçue, une idée qui semble aller de soi et il la ressert par manière de sous-entendu, de complicité, de jeu. Il ne mesure pas à quel point il enferme, gomme, cache, détruit, alourdit, pervertit la compréhension des oeuvres. Et peut-être tient-il les spectateurs potentiels à distance, et en respect! De ces clichés il y en a des dizaines dans nos dossiers de presse. Sans remonter bien loin dans le passé, au cours des derniers mois on en a vu reparaître plusieurs qui tendent à me présenter comme un indien, ce qui connote folklore désuet ou rebelle un peu obtus; ou comme un moraliste qu'on n'a guère envie d'entendre. Souvent comme un militant, comme un type engagé tandis que moi j'essaie d'agir comme un simple citoyen qui essaie de se dégager de tous les clichés, idées faites, poncifs, dogmes et croyances qui nous étouffent. J'ai même appris au sujet de l'invocation d'un mort, que j'avais écrit un brûlot. Non non je ne polémique pas. J'essaie de comprendre! Et qu'y-a-t-il à comprendre quand cette dame vient me proposer une collaboration future et qu'elle s'excuse de n'être guère venue jusqu'ici chez nous parce que, dit-elle, mon esprit provocateur n'est pas sa tasse de thé. Il y a de quoi tomber des nues: Provocateur! Je ne provoque jamais! Je dis sans élever la voix, sans manifestation intempestive, sans déclaration, ni accusation, ni menace, je dis ce qui me parait juste et vrai. Alors je me demande quels visages pâles sont-ils? A quelles idées douillettes se raccrochent-ils? De quoi ont-ils peur au fond, sans l'avouer? D'où croient-ils que je parle au lieu d'écouter ce que je dis? Ne criez pas au génie mais ne gênez pas l'écrit! andre benedetto 98 Après Giordano Bruno j'ai eu droit à Benedetto l'hérétique, à Benedetto l'iconoclaste

 

 

LECTURE TRES RAPIDE

Hier soir pour terminer, nous avons fait une lecture très rapide, à peine articulée, de Joue pour moi jeune fille. On se rend compte avec cet exercice combien l'imagination, la libéra-tion du jeu se déploie et devient créatrice dans ces travaux fluides, sans intonation particulière, à la va-vite. Bien des déve-loppements, des reliefs, des figures, des gestes, des manières de dire, des intonations apparaissent qui autrement, resteraient cachées, enfouies. Il en va de même avec la lecture à l'italienne qui permet d'écouter le texte, de s'écouter en train de le dire. Là dans la lecture rapide, et molle, quasi inaudible, on voit on sent comme des bestioles qui cherchent leur voie. Le texte apparaît comme un immense serpent qui se contorsionne en me passant par la bouche. Beurk! Le texte se matérialise autrement que dans une articulation structurée, plutôt comme dans un souffle, qui me souffle des secrets à l'oreille interne, comme dans une continuité matérielle. Le texte s'allège, vibre, se débat, grouille, essaie vraiment d'apparaître, de s'incarner, de se montrer comme une fresque. Apprendre à libérer le jeu par l'italienne, par la lecture très rapide, par des hypothèses de folies diverses, par le travail de l'insolite issu du banal réalisme quotidien, par mélopées et danses, et aussi par ralentis et par rigidités... Lire à plat, ce n'est pas lire bêtement sans donner de sens, c'est empêcher qu'un sens unique vienne imposer sa direction! Lire, filer, laisser filer l'ima-gination à son gré, voir se développer le jeu, toutes les possibili-tés, montrer et ne pas démontrer, ne pas s'interdire de faire un geste, en faire un autre à sa place! Si je dis: ils sont fous, ils vont jusqu'au bout, ils assurent à mort, et ça se prolonge de toutes les manières. Exemples: elle lui fait sauter des pétards dans les jambes, ils se canardent à la sarbacane, ils gonflent des ballons de baudruche, ils craquent des allumettes, ils se jettent de la farine, des serpentins, etc... ce sont des hypothèses qui peuvent être retenues mais qui peuvent aussi disparaître après avoir aidé l'exploration du personnage, le développement du jeu, l'imagination de l'acteur. Ils ne font pas la fête, ces trois-là, ils se déchaînent. Pas par méchanceté mais par passion. Ce n'est pas de la parodie, de la rigolade, c'est du très sérieux... cette séance rituelle initiatique infligée à la jeune fille. Le Monsieur cherche, le Secrétaire est l'être-là, l'acteur en somme!

 

 

LE MICRO COMME PROTECTION

J'ai développé dans Nous les Eureupéens, cette idée plutôt rigolote que nous sommes devenus tellement sensibles que nous ne pouvons plus regarder la réalité en face, et encore moins la toucher. C'est pour cette raison profonde que nous sommes obligés de nous replier sur nous-mêmes, de nous mettre à l'abri sous les longues visières des casquettes, derrière les verres fumés des lunettes et surtout derrière les œilletons des caméras, et donc devant des écrans. Car il nous serait insupportable de voir de près, réellement de près et bien palpable, tout ce que la télévision nous montre. Nous ne pouvons pas imaginer qu'on vienne nous déposer sur la table pendant notre dîner le moindre cadavre. Par contre, sans frémir et sans lâcher la fourchette, nous pouvons regarder sur nos écrans des morts en quantité, déchiquetés, sanglants, pourris. Ils sont tenus à bonne distance. Je pensais jusqu'ici que les micros étaient des prothèses. Ainsi bien pour les hommes politiques, des maires en particulier, que pour les artistes, les chanteurs qui ne peuvent pas se passer de micros même dans une petite salle, même là où l'acoustique est parfaite. Ils ont besoin de cette prothèse, ils s'y accrochent. Ils croient peut-être qu'elle les relie directement aux auditeurs, à leur entendement secret. Ils croient peut-être qu'elle les inspire, ou même qu'elle les justifie. Et qu'elle leur donne la parole. En même temps il faut bien constater que c'est l'expression même de la supériorité, la certitude de pouvoir s'exprimer malgré les autres. Qui peut me prendre la parole si c'est moi qui tient le micro ? Car le micro appartient au monde de ceux qui détiennent le pouvoir. Le micro est un appendice de Big Brother, et celui qui l'a en main, la force est avec lui. Et moi quand on me parle à travers le micro, je suis toujours en train de me demander qui essaie de me parler. Et pourquoi il le fait avec ce moyen. Or voici que le 25 janvier 2002, assistant à un débat sur l'exception culturelle, je me suis dit soudain qu'il en était aussi des micros comme des visières et des écrans. Contrairement à ce qu'on croit bêtement les micros ne sont pas utilisés pour mieux entendre, mais pour faire écran, eux aussi. Faire écran à la voix crue, à la chair crue. Pour mettre à distance la voix aussi bien du locuteur que de l'auditeur. Pour servir de filtre à la réalité. C'est comme si l'oreille charnelle ne pouvait plus recevoir directement le son émanant d'une bouche, d'une gorge, des profondeurs d'un corps en chair et en os. On peut même se demander si le préservatif ne fait pas partie de cette idéologie du filtre et de l'écran. Et qui a nécessité l'invention du sida. En juillet 68 au Verger d'Urbain V, quelques " gauchistes " criaient: Enterrez les micros! Beau programme.

 

PAS DE SPECTATEURS AUX REPETITIONS
 

 Curieux comme il y a des évidences qui mettent des décennies pour devenir claires. Dans la nuit du 12 au 13 mai 01 vers minuit trente chez Avedis, tandis que j'expliquais la contradiction dans toute répétition entre la nécessité de préparer la représentation pendant la répétition et la nécessité de n'en pas tenir compte pour ne se consacrer qu'au travail de la répétition ici et maintenant, j'ai soudain compris pourquoi nous n'aimons guère avoir des spectateurs, des témoins pendant que nous répétons.
 En général on prétexte que les acteurs n'aiment pas, que ça gêne leur travail, qu'ils sont dans une phase intime et qu'ils n'apprécient pas d'être ainsi dévisagés par des espèces de voyeurs. Certes il y a de cela mais ce qu'il me parait surtout c'est que les personnes étrangères dans la salle deviennent automatiquement des spectateurs. Et tout spectateur comme toute spectatri-ce entraîne presqu'automatiquement l'acteur ou l'actrice à jouer, ce qui n'est pas du tout souhaitable.
 Quand ça joue ça ne prépare pas, ça se consomme, ça se consume, et donc on perd du temps, on ne travaille pas et on risque de s'engager dans une mauvaise direction. C'est la répétition au risque du spectaculaire! Peut-être suis-je en train d'enfoncer une porte ouverte?

 

FAUT-IL TUER L'AIGLE?

 

Hier soir au Théâtre des Carmes, selon une liturgie de Liliane Fendler-Bussi, dans une structure et matières d'Anne Latour, Annick Giordano dans une chambre posée au milieu de l'espace, jouait la Cérémonie, ou les dévotions de Françoise d'Aubigné, veuve Scarron, marquise de Maintenon. On entendait la pluie tomber, le magnétophone claquer à chaque ar-rêt. On voyait par les vasistas dans le toit frémir les éclairs bleus de l'orage et par la lucarne du poêle à mazout se tortiller les flammes jaunes. Et tout cela autour, pour moi, ces bruits et ces lueurs, ces sons et ces images, accen-tuait encore la solitude de cette femme confite dans sa triste situation et dans sa chambre, accentuait le caractère isolé et insolite de cet élément sous nos yeux, ce morceau d'un autre univers à contempler déposé là comme un caillou sur la lune. Le monde entier, le cosmos, vaquait à ses occupations, comme elle aux siennes. Or voilà que cela pose problème à quelques uns. Et vous allez voir que c'est un problème sérieux que cela pose aussi et surtout aux autres, par contrecoup. Vilar disait un jour… Je veux dire qu'il me semble avoir entendu dire un jour à Vilar: " Cet aigle par exemple, qui viendrait planer au-dessus de Prométhée enchaîné, cet aigle non prévu dans la mise en scène, ça me gênerait. Car il n'aurait rien à faire là, à ce moment-là, dans cette mise en scène! " Et peut-être a-t-il ajouté: " Je vous demande un peu. Le théâtre c'est du sérieux, c'est du prévu au quart de poil. " Il refusait l'imprévu et l'anecdotique. En d'autres temps -et il faut aussi considérer qu'il y a dans notre temps-même des temps qui sont aussi autres, qu'il y a d'autres temps aujourd'hui-même et dans ce temps- en d'autres temps donc, les spectateurs, et le metteur en scène en premier, auraient vu dans le passage de cet aigle, un signe fort et plein de sens. Car ces hasards objectifs qui ne peuvent se provoquer mais qui sont provoqués -par dieu sait qui et dieu sait pourquoi- nous viennent de très loin pour dire quelque chose. Ils apparaissent soudain dans une masse d'autres qui nous restent invisibles. Faut-il s'en priver? Faut-il tuer l'aigle quand on le voit? Faut-il tout faire pour empêcher l'aigle d'arriver jusqu'à nous, ou nous avec tout notre tralala d'arriver jusqu'à lui? Quelques uns qui sont nombreux pensent que oui. Oui qu'il faut empêcher, de toute façon, tenir en mains, canaliser. C'est même la tendance principale qui a le pouvoir en art, car il y a un pouvoir en art, mais c'est un autre débat. Ils veulent simplement éliminer le monde entier, faire un grand trou béant pour y mettre une œuvre dite d'art, et qu'on puisse la voir telle qu'en elle-même, l'apprécier et s'esbaudir dans les meilleurs conditions. Ils ont des exigences, eux. Ils savent ce qu'ils veulent. Faire le noir, le désert, le silence, complets, pour pouvoir installer la création comme suspendue dans le vide, dans l'espace, dans le temp. Mais alors au théâtre, que faire avec les raclement de gorges et de pieds, le crisse-ment des vêtements, le souffle des respirations -merde il y a du souffle!- tous les frémissements, claquements, toussotements, gargouillis, chuchote-ments, craquements, éternuements, etc… Que faut-il en faire? Mais revenons au Théâtre des Carmes! Quelqu'un hier soir me faisait remarquer qu'on voyait les lueurs du poêle et qu'il faudrait peut-être penser à mettre un paravent… Ah ça alors, me suis-le soudain exclamé et dit à moi-même: " Voilà bien douze ou quinze ans qu'on utilise des poêles à hublot, par nécessité, et nous ne nous étions pas encore aperçus que les flammes se voyaient de la salle, non seulement quand il fait noir mais aussi en pleine lumière. Quelle cécité, je l'avoue. Heureusement qu'il y a comme ça des gens qui arrivent et qui nous font remarquer ces défauts aveuglants car sinon, nous aurions continué long-temps à faire des signaux de fumée en croyant faire du théâtre. Mais trêve de perte de temps pour plaisanter quand on n'en a pas envie à force d'en perdre pour rien avec tous ceux qui savent tout, je connais un théâtre où rè-gnent le noir et le silence absolus et éternels. C'est le lieu idéal du jeu, sans plus aucune perturbation extérieure d'aucune sorte. Mais voilà, personne n'y joue. Même pas les perfectionnistes. Et pourtant il n'en manque pas dans le monde de ces théâtres où on a enfin le noir total et le silence définitif. Mais personne n'y joue! (1) La mise au pas, la mise en plis, la mise au secret, la mise au secret, la mise au cachot, au silence, la mise au piquet, la mise en boîte, la mise à mort (2), l'alignement des têtes et la taille du buis, au cordeau et au fil à plomb, rasez toutes ces têtes, passez-moi ça au noir, et puis donnez-moi un peu quelques précisions… Tout ça c'est du même ordre. C'est Monsieur Propre qui surgit… Il s'appelle selon le cas, rumeur ou majorité silencieuse. Il va vite et il frappe fort. Il est innombrable. Il est dangereux. Il égalise, Il uniformise. Il tue… Etc sur l'éclairage, etc sur les décors, etc sur le costumes, etc sur l'accent, etc sur le jeu, etc sur la vie, etc sur la poésie et sur les HLM qui ont une toute petite cuisine et une petite baignoire dans laquelle y en a paraît-il qui ont osé y élever un cochon ces sauvages, car ils n'ont jamais rien compris au théâtre idéal, de noir vêtu, bouche cousue et haut de borne, en concession perpétuelle. André Benedetto S 27.XI.82 NB. Picasso savait-il peindre? Remarques du 04.X.02: (1) Je ne sais pas du tout à quoi il est fait allusion. (2) J' ai oublié la mise en scène, la mise en bière…